L’anguille

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Lorsque nous sommes partis, nous savions que les pneus ne feraient pas long feu. Mathieu avait donc planifié les faire remplacer quelque part aux États-Unis. Puisqu’il n’y a pas de taxes en Oregon, nous décidons de passer à l’action avant de quitter l’état. Il est d’ailleurs grand temps, car la plupart des villes de la côte sud, où nous nous dirigeons, sont de petites tailles et offrent moins de services. Nous décidons donc de régler ce dossier dans la région de North Bend/Coos Bay avant d’aller plus loin. Nous profitons aussi de cet arrêt urbain pour faire le plein de vivres et le lavage.

Alors que nous nous apprêtons à quitter le stationnement de la buanderie où nous avons passé la fin de l’après-midi, le moteur refuse de démarrer. Pourquoi maintenant?  Il est environ 18 heures et il fait déjà sombre. En deux temps trois mouvements, Mathieu a la tête en dessous du tableau de bord et tente d’identifier la source du problème. Il soupçonne que l’interrupteur de sécurité de la pédale d’embrayage est responsable du problème. Puisqu’il n’est pas certain du circuit électrique et que l’éclairage est assez limité dans ce fond de cour, il n’ose pas désengager le système. Grâce à ma suggestion (j’ai fait des recherches internet de mon côté pendant qu’il testait ses fils), Mathieu réussit à faire partir le moteur avec un tournevis en court-circuitant le démarreur. Tout le monde est soulagé. On peut continuer à se déplacer.

Le lendemain, nous prenons un rendez-vous chez le concessionnaire GM de la ville afin de faire évaluer le camion. Mathieu profite de cette visite forcée pour faire changer le filtre à diésel et faire inspecter le système de frein à main. Depuis l’achat du camion, l’indicateur de frein à main était défectueux et il y a quelques semaines, nous avions roulé plusieurs kilomètres alors que le frein était encore engagé…En attendant ce rdv mécanique prévu pour le lendemain, nous commandons les pneus qui seront disponibles dans deux jours. Entre temps, Mathieu identifie avec certitude le problème électrique et retourne commander la clutch safety switch. Il effectuera donc lui-même cette réparation.

Nous apprendrons le lendemain que l’odeur de brulé n’avait pas été épouvantable et persistante sans raison suite à l’épisode brake à bras au Mount St.Helens: le système de frein d’urgence est complètement bousillé. Un investissement dans les trois chiffres serait nécessaire à son remplacement. L’achat de deux cales, installées au besoin pour bloquer les roues sera notre solution de rechange.

Le surlendemain, le changement de pneus se fait dans les règles de l’art. La pièce arrive aussi tel que prévu. Nous sommes donc prêts à continuer notre route.

Lorsqu’on décide de partir en voyage sur la route pendant plusieurs mois, choisir son véhicule devient souvent la première grande question à élucider. A moins d’avoir un budget illimité, la plupart des voyageurs s’accommodent d’un véhicule usagé et l’adaptent aux besoins particuliers de leur famille. Ce fut en tous cas notre situation. Lorsque l’achat est fait, il faut s’adapter et apprendre à apprécier notre nouveau partenaire pour ce qu’il est. Même s’il n’est pas parfait, même si son esthétique laisse à désirer. De nombreux voyageurs au long cours en viennent même à nommer leur maison roulante, probablement pour illustrer l’attachement qui se développe envers cette entité qui les conduit partout.

Depuis le début, on essaie de trouver du charme à notre camionnette mais c’est difficile. Même s’il est bien content de chauffer un gros truck, Mathieu trouve qu’elle a le nez trop long, qu’elle manque de luxe, qu’elle n’a pas de look. Bref, il la trouve laide. Je suis bien d’accord. Moi je trouve qu’elle est ridicule avec ses petites roues de 16 pouces. Bien qu’elle n’aie pas encore de nom officiel, l’anguille est parfois son surnom, en raison de ses caractéristiques peu flatteuses et son nez allongé. Notre campeur, de son côté, n’a rien de particulier qui le démarque au niveau de son apparence extérieure, à part peut-être son revêtement jaunissant. Ce qui nous a demandé le plus de travail d’acceptation avec lui ont été les petites surprises que nous avons eues après son acquisition. Nous avons dû effectuer plusieurs réparations inattendues suite à son achat et cela à fait apparaitre quelques sentiments conflictuels dans la première année. Bien entendu, à force de l’habiter et d’utiliser la camionnette, nous en sommes venus à aller au delà des apparences et à apprécier ce duo pour ce qu’il nous offre vraiment: le confort et la mobilité souhaités pour réaliser notre rêve.

Notre véhicule est d’une importance capitale si nous voulons compléter notre aventure. Il fait partie intégrante de notre équipe et ses humeurs influencent le bon déroulement de notre périple. Sans sa collaboration, le rêve peut facilement tourner au cauchemar. L’incident démarrage, survenu sans raison apparente, nous aura tout de même permis de concentrer les interventions mécaniques dans une même période de temps. Ce qui n’est pas si mal après tout, car quoi de plus ennuyeux que de passer du temps dans une salle d’attente de garage? Nous avons attendu deux fois plus de 5 heures près d’une machine à café, pendant que notre partenaire de voyage se faisait inspecter et chausser en neuf. Ce n’est pas si grave après tout, car il mérite bien qu’on s’occupe de lui et qu’on tolère ses caprices.

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2 commentaires pour L’anguille

  1. Natacha dit :

    C’est pas évident!! Je vous trouve ben bon!!

  2. Natasha dit :

    C’est avec beaucoup de compassion que je lis ces quelques lignes tellement pertinentes! Tu as touché plusieurs points très importants et tellement vrai. Nous même propriétaires d’un véhicule de voyage, un Westafalia (gentiment baptisé  »Le BLoc » par les enfants de l’ancien proprio), qui date de plus de 20 ans. Nous disons toujours que lorsque nous partons à l’aventure dans notre nid mobile il faut comprendre que nous partons à l’aventure dans tous les sens du terme. Il est donc primordiale que ce véhicule soit connu et compris sous toute ses coutures afin de pouvoir se débrouiller une fois sur le chemin. Nous comprenons que de votre côté c’est le cas, vous connaissez votre véhicule, voilà l’important, il veille sur vous et oui il est un membre de l’équipe, vous ne pourrez plus vous en séparer. Pour notre part nous disons maintenant que notre véhicule a une âme sans aucun doute et nous ne pouvons plus nous imaginez sans lui.
    Bonne route!
    Natasha et cie.

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