Saveurs et couleurs à Oaxaca et San Cristobal

La route qui monte vers Oaxaca, à partir de Puerto Angel n’est pas de tout repos: les courbes se succèdent sans relâche, les réducteurs de vitesse mexicains (topes) sont fréquents et la chaussée alterne entre sections nouvellement pavées et zones sinistrées par des éboulis. Il faut compter un gros 7 heures de route et beaucoup de concentration de la part du conducteur pour compléter ce beau parcours en montagne agrémenté de paysages verdoyants. La route est vraiment mouvementée et Philippe doit se soulager du contenu de son estomac après les premières heures de route. Heureusement, une fois libéré, il se sent très bien et le reste de la journée se déroule normalement. Pour l’aider à garder les yeux sur l’horizon, je l’invite à nous rejoindre à l’avant puisque nous avons une grande cabine pouvant accueillir trois passagers. Il est toujours content de venir entre nous deux et le demande de plus en plus souvent, au grand désespoir de Christophe, qui se plaint alors “d’être seul” à l’arrière. Lorsque nous lui proposons la même faveur, il choisit pourtant la plupart du temps de demeurer dans ses quartiers.

IMGP0472

Alors que l’état d’Oaxaca (wah-hawk-ah) est relativement peu développé, la capitale qui porte le même nom, profite quant à elle d’une belle prospérité, grâce au tourisme. La ville est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en raison de la beauté de son architecture coloniale. Par ailleurs, la ville bénéficie d’une vie culturelle riche et le nombre de galeries d’art et de musées ajoute à son charme bohémien. En 2006, la ville d’Oaxaca a connu des moments difficiles, alors qu’une manifestation initiée par des professeurs au sujet des salaires s’est transformée en émeute meurtrière lorsque les revendications se sont élargies à la corruption touchant le gouverneur de l’état. La ville se remet encore aujourd’hui de cet épisode qui a durement touché les pauvres marchands qui n’ont pas été en mesure de survivre lors des ces mois turbulents les empêchant de faire du commerce.

Dès les premiers instants, la ville d’Oaxaca nous enchante par son atmosphère familiale et détendue et ses marchés spectaculaires offrant mille et une tentations à tous nos sens. Sur la place centrale, il y a de la vie à tout heure du jour ou de la nuit et nous prenons plaisir à y retourner fréquemment durant notre séjour. Christophe y fait du skate alors que Philippe s’amuse comme les autres enfants à lancer et rattraper un tube gonflé. Ça grouille de partout: des musiciens ambulants, un orchestre, des vendeurs itinérants, des touristes mexicains et internationaux, des expatriés, des jeunes, des vieillards, des mendiants, des kiosques de nourriture, des manifestations, des défilés, des feux d’artifices, des cireurs de chaussures, des amoureux. Nos deux guapos niños attirent encore ici beaucoup le regard des gens, surtout les mamans et les jeunes filles qui se plaisent à toucher à la tête des enfants.

IMGP0523IMGP0698IMGP0571IMGP0581IMGP0584IMGP0607

Lors de notre première incursion au Mercado 20 de Noviembre, nous vivons une expérience culinaire intéressante dans la section des carnes asadas. Dès que nous mettons les pieds dans l’allée, on nous siffle, nous interpelle, nous assaille littéralement. Nous ne comprenons pas immédiatement la procédure et restons figés pendant quelques instants, ce qui fait redoubler d’ardeur les commerçants. Au Mexique, le signe de la main que nous utilisons pour signifier “ouste, allez-vous en” ou “reculez”, indique le contraire. Ceci ajoute à notre confusion dès premiers instants. Nous réalisons finalement qu’il faut d’abord choisir un vendeur de légumes (échalotes et piments forts), qui nous offrira sa table et un grand plateau qui nous permettra d’aller choisir des viandes à griller proposées par des dizaines de commerçants offrant tous la même sélection (bœuf, porc ou chorizo). Ensuite, le comptoir de viande que nous avons sélectionné fait griller la viande et les légumes sur du charbon de bois. Pendant la cuisson, nous retournons à notre table pour choisir nos boissons (d’un troisième vendeur). Des salsas peuvent agrémenter notre repas, au coût de 0.75$ l’assiette. Alors que nous dégustons ce festin, l’allée est enfumée par les grillades, de la musique nous accompagne et des vendeurs viennent nous solliciter régulièrement. Pas mal comme immersion dans la cuisine d’Oaxaca!

IMGP0542IMGP0547IMGP0539IMGP0543IMGP0548IMGP0546

Le grand Mercado de Abastos est tout aussi coloré et agréable à visiter. Nous nous y sentons mieux qu’au marché Libertad de Guadalajara car les allées sont plus larges et aérées. Christophe fait une razzia de CDs de musique; des copies vendues à moins d’un dollar l’unité (la vente d’articles de contrefaçon, pour la plupart produits localement, est extrêmement répandue au Mexique et cela est bien visible dans ses marchés: films, musique, jeux vidéos, cartes mémoire, livres et manuels scolaires copiés sont disponibles partout. Alors que des efforts sont fait au niveau national pour enrayer ce fléau, il n’y a pas beaucoup de collaboration au niveau provincial et municipal pour le moment). Mathieu déniche une machette pour ouvrir des noix de coco. Je me procure un presse lime ultra pratique. Philippe en profite pour déguster une mangue joliment apprêtée.

IMGP0550IMGP0555

La ville se parcoure très bien à pieds, la température est idéale. Nous nous rendons à l’observatoire de la ville, près de l’amphithéâtre, ce qui nous donne un bon aperçu de la vallée. Nous faisons un arrêt à la boutique de philatélie afin que Philippe puisse alimenter sa collection. Les murales du Palacio De Gobierno, illustrant l’histoire du pays, nous occupent pendant quelques instants et l’excellent Museo du Palacio, traitant de l’évolution humaine à travers la planète, nous absorbe durant quelques heures.

IMGP0620IMGP0628IMGP0637IMGP0649IMGP0659IMGP0676IMGP0717

Oaxaca nous offre une autre belle surprise en nous permettant cette rencontre précieuse avec André et Suzanne, deux grands voyageurs qui sont tombés en amour avec Oaxaca il y a plusieurs années. Ce couple de Québécois dans la soixantaine a visité à plusieurs reprises l’Amérique Centrale et du Sud à bord de leur fourgonnette aménagée. Passant l’hiver à Oaxaca cette année, ils prennent le temps de nous rencontrer (trois fois plutôt qu’une), afin de nous partager leurs expériences et leur passion pour les voyages de routards. Nous passons avec eux des moments vraiment agréables. Nous sommes touchés par le respect et l’enthousiasme qu’ils démontrent face à notre voyage, bien que nous en soyons qu’au début et qu’ils aient beaucoup plus d’expérience que nous en la matière. Quelle inspiration que celle de rencontrer des gens de chez-nous, au quotidien peu banal, avec une philosophie de vie qui sort des sentiers battus! Avec leurs yeux brillants, leur ouverture et leur énergie, il est facile de croire que les voyages aident à rester jeunes et vivants. http://traverse1.blogspot.com

IMGP0713

Nous poursuivons nos découvertes culinaires à Oaxaca en goûtant aux Tlayudas, au chocolat Mayordomo et au quesillo. Nous passons toutefois notre tour devant les chapulines (sauterelles grillées), qui sont offertes partout dans les marchés.

IMGP0723IMGP0727IMGP0733IMGP0737IMGP0738IMGP0739IMGP0740

Toujours dans l’état d’Oaxaca, nous passons par Santa Maria del Tule, afin de rendre hommage à l’arbre le plus large du monde, avec une circonférence de 58 mètres. Il s’agit d’un cyprès dont l’espèce est éradiquée depuis l’ère coloniale.

IMGP0750IMGP0743IMGP0748IMGP0765IMGP0772

Un peu plus loin, nous faisons un petit détour pour admirer le site naturel Hierve el Agua, localisé dans la municipalité de San Lorenzo Albarradas. Une route de sable, étroite et sinueuse, mène vers le site de l’autre côté d’une montagne. En raison de la concentration de minéraux et de systèmes d’irrigation préhispaniques, différentes chûtes sont maintenant pétrifiées sur la paroi rocheuse, formant d’énormes stalactites. Nous nous baignons dans l’eau froide des bassins. La vue sur les montagnes environnantes est vraiment impressionnante. Des champs d’agaves et les fabriques de mescal sont visibles partout dans les alentours. Alors que l’endroit nous parait particulièrement isolé et difficile d’accès, nous réalisons vite qu’il y a une vie rurale bien organisée même ici.

IMGP0780IMGP0788IMGP0792IMGP0795IMGP0804IMGP0827IMGP0810IMGP0814IMGP0834IMGP0841IMGP0848

Juste avant de traverser dans l’état du Chiapas, nous passons une nuit dans la ville de San Pedro Tapanatepec. Les enfants se mêlent rapidement à ceux qui s’amusent sur la plaza et participent pieds nus à une partie de ballon dégonflé. Christophe attire l’attention avec sa planche à roulettes. Il fait des démonstrations et n’hésite pas à prêter ses souliers pour permettre à d’autres enfants d’essayer quelques trucs. Une maman me rejoint sur le banc du parc et nous échangeons quelques mots. En discutant de la ville et de sa réalité, je l’interroge sur la place des femmes, ici, puisque la région au sud est connue pour sa société matriarcale. Elle me raconte donc son cheminement dans la maternité, qui inclue une période de maladie et deux périodes d’enfantement à plusieurs années d’intervalle. Je comprends qu’elle se remet difficilement d’un état dépressif et qu’elle n’arrive pas à travailler. Et là, la limite de mes capacités de communication me rattrape durement. Comme j’aurais aimé lui dire que je la trouvais belle et aimante avec ses enfants. J’aurais aimé l’encourager, lui manifester ma compassion. En même temps, même avec des mots, comment justifier, expliquer ma présence ici, avec mes enfants, en cavale dans une vie fantastique et remplie de découvertes? Un peu plus tard, Carmen m’offre de l’accompagner chez-elle car elle veut nous offrir un sac de mangues. L’économie de la ville est basé à 80% sur la culture des mangues. Et c’est la saison des mangues au moment où nous passons. Les cueilleurs et les camions de transport congestionnent la ville. Nous passons un petit bout de temps chez Carmen et Oscar, à discuter de l’économie du village et des restrictions importantes qu’imposent les États-Unis aux producteurs mexicains. Autour de la table de bois, qui fait office de seul mobilier dans cette maison/abri dont fait également parti l’atelier de soudure d’Oscar, nous dégustons de délicieuses mangues fraîches, dont deux variétés différentes.

A Tuxtla Gutiérrez, capitale du Chiapas, nous nous laissons tenter par le Zoológico Miguel Alvarez del Toro. Les animaux présents dans ce zoo sont tous originaires du Chiapas. En voici quelques uns:

IMGP0859IMGP0860IMGP0867IMGP0883IMGP0911IMGP0945IMGP1015IMGP0918IMGP0982IMGP0995IMGP1000IMGP1010

Pour satisfaire mon penchant pour les “tours de bateau”, nous visitons la ville de Chiapa de Corzo dans le but de faire une ballade dans le Cañon del Sumidero. La veille, nous nous stationnons prés du Zocalo en vue d’y passer la nuit. S’en suit une scène théâtrale intéressante entre la police locale, les préposés au stationnement de la ville et nous. Le thème de la pièce étant de déterminer un endroit approprié pour stationner notre campeur afin d’y passer la nuit. Étant à la fois acteurs et spectateurs de cet acte, nous constatons rapidement que la police n’a pas beaucoup d’autorité. Après plusieurs discussions et même deux déplacements du véhicule autour du Zocalo, nous décidons finalement d’en faire à notre tête car nous ne craignons pas de représailles. Le lendemain, nous embarquons pour notre petite ballade sur le Rìo Grijalva, qui fait son chemin entre les parois hautes jusqu’à 1000 mètres du canyon. Nous constatons malheureusement que la pollution, présente partout au Mexique, n’a pas épargné cet endroit. A part Christophe qui se lasse rapidement du paysage, nous trouvons cette promenade très agréable. Nous assumons pleinement notre statut de touristes, avec nos grands chapeaux battant au vent.

IMGP1045IMGP1074IMGP1030IMGP1051IMGP1104IMGP1054IMGP1091IMGP1100IMGP1108

Après une petite collation et 75 km plus loin, nous voilà à San Cristóbal de las Casas,  située à 2100 mètre d’altitude. Le temps change radicalement lorsque nous arrivons sur place. Nous sommes accueillis par de la pluie et de petits grêlons. Le lendemain, le scénario se répète à la même heure en après-midi mais cette fois-ci avec beaucoup plus de force et de violence. Après avoir patienté un bon moment, sous un petit abri, que le temps se calme, nous décidons de regagner le camping en taxi. Ce retour se transforme en aventure. Le taxi s’embue rapidement et c’est moi qui frotte le pare-brise pour améliorer la visibilité du chauffeur. Même si on n’y voit absolument rien, que l’eau monte à mi-porte et s’infiltre dans le taxi à mes pieds en très grande quantité, nous ne craignons rien car une icône de la vierge nous accompagne! Le thermomètre chute à 6 degrés et les grêlons demeurent au sol plus de 24 heures.

IMGP1120IMGP1127IMGP1129IMGP1135IMGP1136

Le troisième jour, nous partons tôt pour aller visiter la ville afin de devancer la pluie, qui viendra encore nous visiter au milieu de la journée. Nous trouvons la ville agréable, bien qu’elle soit dominée par des boutiques et restaurants à saveur européenne et internationale. Le côté pittoresque provient de l’architecture coloniale et des femmes et enfants indigènes, provenant des villages voisins, aux vêtements colorés qui arpentent les rues pour offrir leurs marchandises aux touristes et expatriés qui sont nombreux à visiter l’endroit.

IMGP1147IMGP1149IMGP1151IMGP1175IMGP1158IMGP1170IMGP1176IMGP1164IMGP1125IMGP1165

Le marché d’artisanat est vraiment coloré et est visuellement très stimulant. Des tissus, des bijoux, des sacs, des jouets, des vêtements, des babioles, des tissages sont présentés sur des étalages ou à même le sol. Christophe se procure un djembé. Il a hâte de rencontrer d’autres musiciens avec qui s’amuser…

IMGP1197IMGP1198IMGP1209IMGP1208IMGP1199IMGP1213IMGP1203IMGP1207

Publicités
Cet article a été publié dans Mexique. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Saveurs et couleurs à Oaxaca et San Cristobal

  1. Den dit :

    Pascale,
    C’est passionnant de découvrir grâce à tes textes et tes photos, les moments inoubliables que vous vivez tous les quatre. Tout est si coloré et plein de vie….
    Bisous.

  2. Frangine_Lyne dit :

    Salut!
    C’est super tout cela. Bons baisers à mes neveux, à celui qui a toujours un beau sourire sur les photos, et à celui qui apprend à jouer d’un autre instrument. También un abrazo a mi hermanita y mi cuñado, que descubren el mundo con mucha curiosidad y talento.
    Con mucho cariño xxx
    P.S. Je suis un peu déçue de mon beau-frère qui n’a pas goûté aux sauterelles grillées…

  3. serge lafreniere dit :

    Je vous suis toujours vous m’en donner plein la vue, c,est agréable de voir évolué votre famille.j’espere que vous recevez ce petit message car j’ai eu des probleme a m’installer. A la prochaine Serge et Carole

  4. serge lafreniere dit :

    Enfin de contre ca marche’ je suis fiere de moi et merci pources belle photos

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s